
Transcription textuelle
RACISME ET SPÉCISME : DES SYSTÈMES SIMILAIRES
Le racisme — en tant que système de domination des personnes non-blanches — et le spécisme — en tant que système de domination des personnes non-humaines — suivent une logique similaire, organisant l’oppression des un·es (les personnes racisées ou les personnes non humaines) par les autres (les personnes blanches ou les personnes humaines).
Ils sont d’ailleurs liés. Les personnes plus spécistes sont aussi plus racistes (et sexistes, homophobes, etc.), et ce lien s’explique par l’adhésion à une idéologie générale d’acceptation de la domination.
Ces deux systèmes s’inscrivent dans la xénophobie : parce que “l’autre” est différent de “nous”, on justifie son exclusion ou son appropriation pour nos propres intérêts. La différence est aussi vue comme une curiosité : les individus et leurs particularités sont ainsi exposées en public, dans les zoos (humains ou non) ou les musées (par exemple en exposant des corps empaillés).
RACISME ET SPÉCISME : DES VIOLENCES QUI S’ALIMENTENT
La domination des animaux est utilisée pour nuire aux personnes non-blanches, notamment par l’animalisation : les personnes noires sont comparées à des singes ; les personnes juives à des rats, des araignées, des serpents ; la violence envers les Palestinien·nes est justifiée en les qualifiant d’animaux. Dans une société spéciste, “être un animal”, c’est être appropriable, exploitable, tuable. Inversement, dans une société raciste, associer les animaux à des groupes humains marginalisés renforce l’idée que ces animaux sont méprisables.
Lutter contre le spécisme peut même servir d’outil contre le racisme. La recherche montre qu’expliquer que les humain·es et les autres animaux ne sont pas si différents permet de réduire le racisme en coupant les racines de la déshumanisation.
La racine du racisme est cette distinction entre l’humain et l’animal d’un point de vue social.
Aph Ko, philosophe et théoricienne du black veganism, 2018
AU-DELÀ DE LA CONVERGENCE : COHÉRENCE DES LUTTES ET SENTIENTISME
Les antiracistes ont donc intérêt à lutter contre le spécisme, et les antispécistes contre le racisme. Mais au-delà de la convergence stratégique, il est urgent de prôner une cohérence des luttes. Si on veut réellement défendre l’égalité et la justice sociale, lutter contre le suprémacisme et pour la libération de toustes, toutes les oppressions doivent être combattues.
Un projet d’émancipation cohérent et efficace ne doit laisser personne derrière. C’est ce que défend le sentientisme : lutter pour tous les êtres qui peuvent ressentir du plaisir ou de la souffrance.
Sources
Sources :
Une étude qui s’attache à mesurer le spécisme et fait des liens entre ce préjugé et les préjugés racistes, sexistes et homophobes. Elle s’intéresse aussi aux facteurs idéologiques qui sous-tendent ces préjugés intra-humains, et qui soutiennent également le spécisme. Elle s’appuie pour cela sur un modèle (le « SD-harm ») qui vise à expliquer comment le spécisme et les autres oppressions sont liées au niveau psychologique
- Caviola, L., Everett, J. A. C., & Faber, N. S. (2019). The moral standing of animals: Towards a psychology of speciesism. Journal of personality and social psychology, 116(6), 1011–1029. https://doi.org/10.1037/pspp0000182
- Dhont, K., Hodson, G., Costello, K., & MacInnis, C. C. (2014). Social dominance orientation connects prejudicial human–human and human–animal relations. Personality and Individual Differences, 61-62, 105–108. https://doi.org/10.1016/j.paid.2013.12.020
- Dhont, K., Hodson, G., & Leite, A. C. (2016). Common ideological roots of speciesism and generalized ethnic prejudice: The social dominance human–animal relations model (sd‐harm).European Journal of Personality, 30(6), 507–522. https://doi.org/10.1002/per.2069
- Fernandez, J. (2015). Spécisme, sexisme et racisme. Idéologie naturaliste et mécanismes discriminatoires. Nouvelles Questions Féministes, . 34(1), 51-69. https://doi-org.ezproxy.uca.fr/10.3917/nqf.341.0051.
Dans ce travail, les chercheureuses montrent que les gens qui pensent que les humains et les autres animaux sont fondamentalement différents ont aussi tendance à davantage rejeter les immigré·es. Iels montrent ensuite que lutter contre cette idée d’une différence fondamentale entre les humains et les autres animaux réduit le racisme
- Costello, K., & Hodson, G. (2010). Exploring the roots of dehumanization: The role of animal—human similarity in promoting immigrant humanization. Group Processes & Intergroup Relations, 13(1), 3-22. https://doi.org/10.1177/1368430209347725
Dans la même veine, une recherche qui montre que lutter contre cette idée de différence fondamentale entre humains et animaux non-humains amène à considérer davantage les groupes humains marginalisés (ici des groupes racisés : Noirs, Asiatiques, musulmans, peuples autochtones et immigrés)
- Bastian, B., Costello, K., Loughnan, S., & Hodson, G. (2012). When Closing the Human–Animal Divide Expands Moral Concern: The Importance of Framing: The Importance of Framing. Social Psychological and Personality Science, 3(4), 421-429. https://doi.org/10.1177/1948550611425106
Une conférence (en anglais) de Syl Ko, théoricienne du black veganism, qui parle des liens entre racisme et spécisme