Sexisme et spécisme

Transcription textuelle

SEXISME ET SPÉCISME : DES SYSTÈMES SIMILAIRES

Le sexisme — en tant que système de domination basé sur le genre —, et le spécisme — en tant que système de domination basé sur l’espèce — suivent une logique similaire, organisant l’oppression des un·es (les femmes ou les animaux) par les autres (les hommes ou les humain·es).

Ils sont d’ailleurs liés. Les personnes plus spécistes sont aussi plus sexistes (et racistes, homophobes, etc.) et ce lien s’explique par l’adhésion à une idéologie générale d’acceptation de la domination. Ainsi, les violences envers les animaux “de compagnie” sont les premiers indices de violences intra-familiales. Les hommes ont des activités spécistes plus violentes (chasse, pêche…), mangent plus de viande, et le justifient en revendiquant la supériorité humaine.

Inversement, les mouvements de défense des animaux sont majoritairement portés par des femmes, qui reconnaissent depuis longtemps les liens entre spécisme et sexisme.

  • Parce que je ne suis “qu’une” femme, parce que tu n’es “qu’un” chien, parce que […] nous représentions des espèces inférieures au sexe masculin — si pétri de perfections ! — le sentiment de notre mutuelle minorité a créé entre nous plus de solidarité encore. Caroline Rémy (dite Séverine), écrivaine et militante libertaire et féministe, 1903

SEXISME ET SPÉCISME : DES VIOLENCES QUI S’ALIMENTENT

Dans une société sexiste, les hommes doivent montrer qu’ils sont de “vrais mecs”, par exemple en mangeant de la viande, symbole de virilité. La culture patriarcale a aussi des conséquences sur les autres animaux.

Inversement, leur domination est utilisée pour dénigrer les femmes. “Chienne”, “truie”, “vipère”, “cougar”, “poulette”… sont des insultes spécistes et sexistes. Cette animalisation passe aussi par les représentations culturelles. Or, dans une société spéciste, être considéré·e comme “animal” légitime des traitements violents. Les animaux comme les femmes sont vues comme des “morceaux de viande”, consommables par les hommes.

AU-DELÀ DE LA CONVERGENCE : COHÉRENCE DES LUTTES ET SENTIENTISME

Les féministes ont donc intérêt à lutter contre le spécisme, et les antispécistes contre le sexisme. Mais au-delà de la convergence stratégique, il est urgent de prôner une cohérence des luttes. Si on veut réellement défendre l’égalité et la justice sociale, lutter contre le suprémacisme et pour la libération de toustes, toutes les oppressions doivent être combattues.

Un projet d’émancipation cohérent et efficace ne doit laisser personne derrière. C’est ce que défend le sentientisme : lutter pour tous les êtres qui peuvent ressentir du plaisir ou de la souffrance.

Sources

Revue de littérature sur les liens entre sexisme et spécisme

  • Salmen, A., & Dhont, K. (2022). Animalizing women and feminizing (vegan) men : The psychological intersections of sexism, speciesism, meat, and masculinity. Social And Personality Psychology Compass, 17(2). https://doi.org/10.1111/spc3.12717 

Conséquences de la description des femmes en des termes animalisants

  • Tipler, C. N., & Ruscher, J. B. (2019). Dehumanizing representations of women: The shaping of hostile sexist attitudes through animalistic metaphors. Journal of Gender Studies, 28(1), 109–118. https://doi.org/10.1080/09589236.2017.1411790

La viande rouge comme moyen de se « remasculiniser » pour les hommes menacés dans leur virilité

Analyse du patriarcat et du spécisme comme des systèmes de domination historiquement et idéologiquement liés [Malgré la grande qualité de cet article sur les relations entre sexisme et spécisme, nous mettons en garde notre lectorat sur des positions antisémites et complotistes tenues par Alice Walker (citée dans l’article), que la page Wikipédia permet d’éclairer et que nous ne cautionnons pas. Nous ne pouvons que déplorer qu’elle n’ait pas transposé ses réflexions sur les oppressions sexiste et spéciste à l’ensemble des dominations imposées à certains groupes humains marginalisés et infériorisés.]

Autres références

  • Caviola, L., Everett, J. A. C., & Faber, N. S. (2019). The moral standing of animals: Towards a psychology of speciesism. Journal of personality and social psychology, 116(6), 1011–1029. https://doi.org/10.1037/pspp0000182
  • Fernandez, J. (2015). Spécisme, sexisme et racisme. Idéologie naturaliste et mécanismes discriminatoires. Nouvelles Questions Féministes, . 34(1), 51-69. https://doi-org.ezproxy.uca.fr/10.3917/nqf.341.0051.
  • Dhont, K., Hodson, G., Costello, K., & MacInnis, C. C. (2014). Social dominance orientation connects prejudicial human–human and human–animal relations. Personality and Individual Differences, 61-62, 105–108. https://doi.org/10.1016/j.paid.2013.12.020
  • Dhont, K., Hodson, G., & Leite, A. C. (2016). Common ideological roots of speciesism and generalized ethnic prejudice: The social dominance human–animal relations model (sd‐harm).European Journal of Personality, 30(6), 507–522. https://doi.org/10.1002/per.2069