
Transcription textuelle
VALIDISME ET SPÉCISME : DES SYSTÈMES SIMILAIRES
Le validisme — en tant que système de domination des personnes handicapées — et le spécisme — en tant que système de domination des personnes non-humaines — suivent une logique similaire, organisant l’oppression des un·es (les personnes handicapées ou les animaux) par les autres (les valides ou les humain·es). Ainsi, les individus dominés, parce que différents, sont traités comme inférieurs.
Cette différence est aussi vue comme une curiosité : les individus et leurs particularités sont ainsi exposé·es dans les cirques, les zoos, les musées ou les “freak shows” (expositions de personnes en raison de leurs malformations). Certaines violences sont communes, respectivement en élevage et en institution psychiatrique : surveillance constante, contrôle de la reproduction, des rythmes biologiques, de la mobilité…
- La question animale est particulièrement adaptée et même indispensable à la compréhension des autres enjeux de justice sociale dont le handicap fait partie. Sunaura Taylor, écrivaine, peintre et activiste anticapacitiste et antispéciste, 2019
AU CŒUR DU VALIDISME ET DU SPÉCISME : LE CAPACITISME
Le validisme découle du capacitisme, le système d’oppression fondé sur les capacités : la valeur d’un individu dépend de ce qu’il est capable de faire. Il repose sur l’idée d’une norme typique (humaine, rationnelle, autonome…) à partir de laquelle on définit quelles vies comptent.
Les animaux non humains et les personnes handicapées sont vu·es comme “stupides”, “dépendantes de nous”, incapables de s’intégrer à la société ou de comprendre ce qui leur arrive, ce qui justifierait leur marginalisation et leur déconsidération.
Nos préjugés négatifs envers l’intelligence des animaux deviennent un argument pour les exploiter et les tuer. Inversement, les personnes handicapées sont parfois décrites comme “moins évoluées”, “sauvages”, “animales”, ce qui justifierait la contrainte et les violences.
AU-DELÀ DE LA CONVERGENCE : COHÉRENCE DES LUTTES ET SENTIENTISME
Les antivalidistes ont donc intérêt à lutter contre le spécisme, et les antispécistes contre le validisme. Mais au-delà de la convergence stratégique, il est urgent de prôner une cohérence des luttes. Si on veut réellement défendre l’égalité et la justice sociale, lutter contre le suprémacisme et pour la libération de toustes, toutes les oppressions doivent être combattues.
Un projet d’émancipation cohérent et efficace ne doit laisser personne derrière. C’est ce que défend le sentientisme : lutter pour tous les êtres qui peuvent ressentir du plaisir ou de la souffrance.
Sources
Sources :
Référence sur la question, ce livre de Sunaura Taylor, peintre, écrivaine, militante antivalidiste et antispéciste, analyse les liens entre ces deux oppressions.
- Taylor, S. (2019). Braves bêtes. Animaux et handicapés, même combat ? Paris, Les Editions du Portrait.
Cet article explore les articulations entre spécisme et validisme, à partir de travaux de recherche en étude du handicap et en éthique animale.
- Bry-Chevalier, T. (2025). Une frontière aux contours flous : animalité, handicap et humanité. Nouvelles perspectives en sciences sociales, 21(1), 241–307. https://doi.org/10.7202/1123970ar
Un ouvrage sur les convergences entre deux champs de recherche émergents, les études critiques du handicap (Critical Disability Studies) et les études critiques animales (Critical Animal Studies).
- Jenkins, S., Struthers Montford, K., & Taylor, C. (Eds.). (2020). Disability and animality: Crip perspectives in critical animal studies. Routledge.
Ce mémoire du DU « Animaux et Sociétés » est focalisé sur les discriminations communes aux personnes sourdes et aux animaux non-humains.
- Vandermaesen, T. (2024). Animaux et sourds : discriminés par leur absence de parole ? [Mémoire, Université de Rennes]. https://education.l214.com/wp-content/uploads/2024/09/Animaux-et-Sourds-discrimines-par-labsence-de-parole-VANDERMAESEN-Tiphaine-V2.pdf